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Le sockmathicien

Chronologie

Si vous ne le connaissiez pas, Sockmatician est un tricoteur émérite, enseignant (re)connu, designer  tricot, avec une communauté Instagram de 20K+ followers.
L’année dernière, Nathan créait le hastag #diversknitty, déplorant lui même qu’il ne suivait aucune personne de couleur sur Instagram. Depuis, des BIPOC (Black indigenous people of color, personne noire de couleur ou indigène) l’ont utilisé pour raconter leur expérience du racisme au sein de la communauté tricot.
Mardi 9 Juillet 2019, Nathan s’est offusqué dans son post (à noter que l’original a été édité et qu’il n’est plus visible sur Instagram):
“[…]Il y a du poison ici aussi,des gens qui s’auto proclament les arbitres de toutes la discussion au sujet de la diversité, décidant qui en fait assez ou non, quelle réputation ils ont le droit de détruire ou non”. Tout cela au nom de personnes qui sont en désaccord avec ces actions. Il est temps de se comporter avec dignité et avec respect.
[…]On attrape plus de mouches avec du miel qu’avec du vinaigre [..]vous causez plus de division qu’autre chose
.”
En substance,  Nathan se plaint qu’on n’utilise pas le jouet qu’il avait crée comme lui l’entend et qu’il veut en régenter l’utilisation: le hastag devant être utilisé tel qui lui le souhaite.

Bien évidemment, cela a généré beaucoup de réactions.
Cette façon d’agir (décider qui à le droit ou non de s’exprimer, et si oui, de quelle façon) est reconnue aujourd’hui comme privilège blanc et ” tone policing “. Ainsi,  de nombreuses personnes ont répondu en lui expliquant qu’il est inapproprié de demander à des minorités déjà victimes d’intolérance, d’exclusion, de censure etc de s’exprimer autrement, que cela est le propre de la suprématie blanche, qu’accessoirement il n’est pas acceptable non plus de leur dire “si tu ne t’exprimes pas d’une façon qui me convient, je n’écouterai pas ton message“, que globalement il est important qu’il comprenne cela et rectifie sa position. Ensuite, parce que les activistes n’ont jamais eut la volonté de détruire qui que ce soit, mais toujours de faire bouger les choses.

Certain*e*s ont été surpris*es que cela vienne de la part d’un homme gay. Lui même aura souligné ce point, essayant de se dédouaner de cet impair; mais comme nous vous l’avons dit à plusieurs reprises sur Instagram: être membre d’une minorité ne signifie pas pour autant que vous n’en discriminez pas une autre.

Si Nathan avait écouté les propos qui lui ont été avancés, qu’il avait réalisé que cela manquait de tact et contrevenait  au message qu’il voulait peut être faire passer, qu’il ait ensuite présenté des excuses, cela en serait resté là. Avoir une fragilité mentale n’excuse en rien un tel discours.

Le problème ici est qu’il n’en fut rien: non content des commentaires reçus en réaction à ce post, Nathan a édité son post et clôturé les commentaires. Par ailleurs, ce qui a contribué à faire monter cet événement en épingle sont ses propres réponses aux commentaires en questions. 

 

La goutte d'eau qui a finit de faire deborder le vase.

“C’est le mari de Nathan. A 15h00 ce jour, il a été admis aux urgences psychiatriques de l’hopital Barnet.
Vos messages de colères ont bien été transmis.
Maintenant, envoyez de l’amour s’il vous plaît.”

Dans ce post, sur son blog et sur Facebook, puis dans les réponses aux commentaires en découlant, Benjamin a fait une démonstration déplorable de “ white fragility ” à son apogée, accusant ouvertement les BIPOC de harcèlement…et clou du spectacle, d’avoir poussé son mari à la crise psychotique. Sur son article de blog, il s’agit littéralement de ” trauma porn ” dans lequel il va jusqu’à décrire en détail la crise qu’aurait fait Nathan.

Psychotique le mercredi, en dédicace le dimanche.

“Si quelqu’un s’inquiètait encore de la santé de Nathan, le voici en dédicace (ndlr: au festival Yarnigham). Pétage de plombs le mercredi, vendant des livres le dimanche. Quel bonhomme!”

“J’ai été témoin du déballage de privilège blanc le plus écœurant qu’il soit à un salon de laine. Almas, @witchcraftylady a essayé de parler à Nathan Taylor des événements récents, et il s’en est pris à elle. Quelqu’un a du le retenir physiquement et lui demander de partir, tout cela pendant qu’il hurlait qu’Alma est responsable de son hospitalisation récente. Tout le monde s’est arrêté regarder ce qu’il se passait.”

Je remercie @geordieknit de nous avoir alerté à ce sujet et d’avoir autorisé la traduction ainsi que le partage de ses stories.

Maintenant, mon avis personnel rejoint en beaucoup de points celui de @cdickdesigns dont voici la traduction partielle du post, à noter que je ne pense bien évidement pas ici aux personnes qui ne parlent pas ou mal en anglais et qui n’avaient jusque là pas compris ce qu’il se passait.
Après avoir remué ciel et terre pour se faire passer pour la victime, je trouve que ne pas faire d’update au sujet de sa santé et être présent à un salon dépasse les bornes de la manipulation. (ndlr: s’il vous plaît, ne me dites pas qu’il s’agit de sa vie privée. S’il en avait fait cas, le déballage des détails de sa crise de nerfs n’auraient pas été fait sur internet). […]ceci est une conséquence directe de l’inaction et du silence générale de la communauté tricot. La communauté tricot a fait passer le confort d’un homme blanc avant la sécurité des BIPOC. Vous, en tant que communauté, avez montré que cette haine et cette violence peut exister sans répercussions.
Ne vous excusez pas auprès des BIPOC. Mettez votre émotionnel de côté et parlez à vos amis blancs*ches. […] 

Les BIPOC sont ils*elles en colère? S’expriment ils*elles avec véhémence? Bien sûr. Qui ne le serait pas? Peut ont leur en vouloir? Peut on décemment leur demander de s’exprimer autrement lorsqu’ils*elles font part de leur expériences, de leur appels à l’action & à l’aide? Toujours pas. Je rappelle qu’on parle entre autre ici de personnes victimes de cyber-harcèlement, de doxxing, que quelques unes d’entre elles ont été exposées nominativement dans des journaux anglophones, que pour d’autres se sont des lettres ou emails qui ont été envoyé à leur employeurs.
Oui, cela va loin. Trop loin.

Etre marginalisé ne signifie pas que nous ne pouvons pas être raciste: notre propre oppression n’efface pas celle des autres. Nous pouvons l’être passivement, simplement en ne démantelant pas les systèmes qui priorisent, privilégient et centralisent la parole et la place des blancs.
De façon générale, si nous priorisons la forme sur le fond, nous privilégions notre propre confort avant le leur et ce malgré leur malaise / harcèlement / ou fait qu’ils aient été réduits au silence.
C’est insidieux, beaucoup moins évident à débusquer que les comportements et propos très ouvertement racistes; pour autant cela fait bel et bien partie intégrante du racisme.

Une chose est certaine: comme une autre teinturière l’a très bien dit, Nathan était une personne que j’admirais, à qui je souhaitais d’aller mieux et qui j’espérais reviendrait corriger le tir quand il se sentirait mieux.
Sauf que ce n’a pas été le cas, qu’il est passé de “je foire” à “je fais encore pire” pour finalement se vautrer lamentablement dans le “catastrophique”. 

Pour conclure, oui, le travail de l’anti-racisme est un travail inconfortable pendant lequel nous faisons immanquablement tous des erreurs, pendant lequel nous pouvons être corrigés et critiqués et  nous aurons probablement à nous excuser pour finalement, arriver à faire mieux.
Il s’agit d’une éducation au sens propre du terme. Est ce que je trouve cette éducation agréable? Pas du tout. Pour autant, elle est est nécessaire si nous voulons changer réellement les choses.
Nous avons crée ce merdier, que cela soit par un racisme flagrant, un racisme ordinaire ou en laissant simplement les choses se faire, et c’est à nous de le réparer.

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3 réflexions sur “Le sockmathicien”

  1. Je ne connaissais pas cette personne et je trouve honteux d’agir comme il l’a fait. J’avoue que j’ai tendance à déconnecter de plus en plus d’Instagram car je n’en peux plus de ce mauvais climat qui y règne. J’y suis pour le partage et je trouve que ce réseau social devient de plus en plus un monde égoïste ou certains ne pensent qu’à eux pour se faire mousser en écrasant les autres. C’est tellement dommage. Nous pouvons tous grandir ensemble. Pas besoin d’éteindre la lumière des autres pour faire briller la sienne, dixit Gandhi. Merci encore de prendre le temps de diffuser ces informations à la communauté francophone.

  2. personnellement, en lisant les extrait que lui et son mari ont publié, je me dit qu’on peut en tirer d’autres conclusions que celles que tu tires… Je trouve que IG, Facebook et même les blogs sont un moyen d’expression très délicat, où l’on est vite maladroit, et où il peut arriver de ne pas exprimer clairement ce que l’on veut dire, voire d’être compris à l’envers…

    Au final, je retiens que l’on peut facilement passer de celui qui souhaite proner la diversité, à celui qui s’y prend mal, souffre peut-être des retours de ses maladroites publications, et qui finalement se retrouve dans la catégorie “… je ne lui souhaite pas du bien…” (c’est en tout cas ce que m’inspire “je lui souhaitais d’aller mieux, mais plus maintenant”

    Bref, on veut de la diversité, on accueille tout le monde, mais attention, il y a intérêt à répondre assez vite et assez bien aux commentaires. Et interdiction de dire si on est heurté par la forme ou le fond des commentaires que l’on reçoit! Surtout si on est blanc, parce que alors c’est pas juste de la fragilité, noooon, c’est de la WHIIIITE fragility, ça revient à dire qu’un blanc peut personnellement souffrir alors qu’il ne fait pas partie de la minorité opprimée, et c’est pas politiquement correct.

    Bref, parfois j’ai l’impression que si on a le malheur d’être blanc, hétéro, et de classe sociale aisée, tout ce qu’on dira sera interprété comme de la discrimination inconsciente, du fait que la société nous a lobotomisé pour qu’on se croit supéérieuuuuuuurs and shit.

    bienveillance, mon cul

    1. Bonjour Sybille,
      Premièrement,je relate des faits.
      Deuxièmement, comme je l’ai expliqué, Nathan a édité le “pire” de cette publication puis clôturé les commentaires (après avoir répondu entre autre qu’il s’en foutait, propos me semble t’il assez clair). Depuis ce matin, il a également supprimé son compte Instagram.
      Pour avoir vu le post et les commentaires originaux, je peux vous assurer que cela n’avait absolument rien de bienveillant: traiter les BIPOC de vitriole (entre autre) et vouloir régenter leur façon d’exprimer leur désarroi et colère, n’était je vous l’assure résolument pas acceptable. Pas plus d’ailleurs, que les propos de son mari qui n’ont fait qu’ajouter de l’huile sur le feu.
      A aucun moment il ne s’agit de s’auto flageller d’être blanc, hétéro et aisé, mais plutôt de prendre conscience que pour beaucoup, nous avons effectivement des biais inconscients à déconstruire. Avoir des biais inconscient n’est pas grave en soit, ce qui l’est est plutôt que si on nous le signale, qu’on persiste et signe dans un comportement qui ne devrait pas être. Vous parlez du fait d’être heurté. Personne ne dit qu’il ne faut pas dire si nous le sommes! Comme je l’ai écrit, le travail anti-raciste n’a rien de confortable, et cela, tout le monde le reconnait. En revanche, se cacher derrière cet inconfort pour ne pas agir, là sont les problèmes et la white fragility.
      Aussi, oui vous avez tout à fait raison: on peut tout à fait passer de celui qui prône la diversité à celui qui s’y prend mal, là encore, comme je l’ai écrit, cela fait partie du travail: essayer, se tromper, être corrigé, s’excuser, recommencer et faire mieux.
      Concernant mon propos au sujet de Nathan, oui je lui souhaite d’aller mieux dans sa tête, mais ce Monsieur est passé d’un type que j’admirais à un bonhomme qui a largement dégringolé dans mon estime. Non pas parce qu’il s’est “trompé”, mais parce que lui et son mari on sciemment agressé, doxxés, des gens virtuellement et physiquement.
      La bienveillance est dans ce genre de situation très malmenée, je vous l’accorde.

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